Uzeda - Stella

C'était le 21 août et il était presque 16h30 lorsque j'ai entendu les premières notes de cet album dont j'ignorais encore l'existence. J'avais bougé dans un magasin de musique parisien où j'avais RDV peu de temps après. Alors que j'étais en train de fouiller les bacs pour trouver du Mule et du Big'n -on ne sait jamais- une voix féminine se posait tranquillement sur une guitare acérée, grinçante, agressive et des coups de claire claquaient, comme sur un enregistrement Albini.
Bref je réfléchis trois secondes, reconnais immédiatement la voix de Giovanna Cacciola mais il reste impossible pour moi de deviner ce que ce sournois de vendeur (qui m'a fait acheter un disque en plus au final alors que je m'étais dis STOP pour ce mois-ci) avait mis sur la platine : Uzeda ou Bellini. Comme d'habitude je ne suis jamais au courant des news en ce qui concerne la sortie de nouveaux LP/CD et je me dis qu'Uzeda ont rien fait depuis Different Section Wires, enregistré en 1998 encore et toujours par Steve Albini. Ce doit être Bellini, qui eux, n'ont rien fait depuis 2005 mais qui restent beaucoup plus d'actualité. Les deux formations partagent le même noyau dur, à savoir le guitariste Agostino Tilotta et la chanteuse Giovanna Cacciola. A ces deux là s'ajoutent Davide Oliveri (drums) et Raffaele Gulisano (bass) dans le cas d'Uzeda. Pour Bellini l'histoire est un peu plus compliquée étant donné que la line-up originale comprenait Damon Che, le batteur virtuose de Don Caballero (qui avait splitté à l'heure où Bellini se formait) et le bassiste Matthew Taylor. Mais c'est pendant la tournée suivant la release de Snowing Sun (le premier LP de Bellini) que Che quitte le groupe, apparement à cause de plusieurs tensions entre lui et le reste de la formation. Ce dernier est donc remplacé en pleine tournée par Alexis Fleisig, le batteur des Girls Against Boys. Damon Che, de son côté réssucite Don Cab avec une toute nouvelle line-up constitué exclusivement des membres de Creta Bourzia (sauf le batteur bien évidemment), un autre groupe de math-rock from Pittsburgh.
Le temps tourne, le disque aussi et je me tâte grandement pour aller demander la réponse à la question que je me pose depuis cinq minutes. Mais au fond de moi, je sais que si je commence à tchatcher avec le vendeur je vais finir par acheter ce putain de disque. Je prend donc la sage décision d'oublier un temps la bande à Agostino Tilotta et Giovanna Cacciola (et à ce moment là je ne sais toujours pas laquelle c'est...). Le temps d'oubli dure 6 secondes environ puisqu'un type pas loin de moi se décide à aller demander.
-"C'est quoi qui passe là ?"
-"Uzeda"
-"Toujours sur Touch & Go ?"
-"Ouais"
Et voilà, j'ai la réponse à ma question et le type commence à rusher vers le rayon "Divers U." où se trouve cette fameuse Stella. Il choppe le CD (pas encore de LP malheureusement) et j'ai vraiment envie de le prendre aussi parce que mine de rien ça me plaît énormément. Cette voix, cette guitare très typée Rapeman, cette batterie qui sonne de la mort...Du pur Chicago noise sauf qu'Uzeda vient de Sicile.
Je passe en caisse (dommage pour moi), je sors du magasin, je vais à mon RDV et c'est que deux jours plus tard que je peux écouter tranquillement le dernier full lenght d'Uzeda, 8 ans après leur précédent.
Premier constat, le son est toujours nickel, j'avais parlé d'Albini plus haut et c'est toujours encore lui qui a enregistré la chose (de même que les deux Bellini il me semble bien). Je vais être encore plus précis : l'album a été enregistré "at red house recording studio in Senigallia - Italy" en avril 2006.
L'artwork est signé Jeff Mueller, Jason Noble et Kerri Sancomb (je sais pas qui c'est). Les deux premiers font partis des stars de Quarterstick pour avoir joué dans des groupes mythiques comme Rodan (et leur fucking album Rusty, enregistré et dedié par le nom à Bob Weston), June of '44 (seulement Jeff Mueller) et Shipping News (avec un album classe Save Everything, un autre un peu moins mais pas mal quand même Flies the Fields et les autres je m'en fou). Y'a aussi Jason Noble dans Rachel's mais c'est pareil, on s'en fou.
Les compos sont très bien foutues, ça joue sec et carré puis la basse est, elle aussi, taillée sur mesure : ronde comme (celle de) Bob Weston, elle se couple remarquablement avec la batterie qui se construit toujours autour de cette alternance caisse claire/grosse caisse accompagnée de quelques frappes répétitives sur le charley.
Pour être clair, ça sonne exactement comme je le voudrais. Steve Albini a fait du bon boulot une fois de plus.
Le contraste avec ce son agressif se fait par le chant, celui de Giovanna Cacciola (qui chante toujours aussi juste). C'est aussi à elle que l'on doit l'intégralité des textes sur lesquels je ne me suis pas encore attardé.
8.75/10

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